Les fertilisants des graisses corporelles

Pourquoi grossit-on ?

La surconsommation de nourriture ne fait pas grossir. En fait, c’est plutôt le contraire, c’est le fait d’être gros qui conduit à se suralimenter. Voici l’affirmation du Dr David Ludwig, spécialiste en obésité et professeur de nutrition à Harvard.

« Cela semble excessif, mais il a un siècle que ce phénomène est confirmé par les études scientifiques. » explique le Dr Ludwig dans une interview du New York Times.

Mais alors, si la surconsommation de nourriture n’est pas à l’origine de l’épidémie d’obésité actuelle, quelle en est la cause réelle ? Il y a deux points à prendre en considération, selon le livre du Dr Ludwig « Toujours faim », qui traite des aliments agissant comme fertilisants des cellules graisseuses.

Le rôle de l’insuline

En premier lieu, ce que nous consommons pose problème. « L’alimentation faible en lipides et riche en glucides que nous avons adoptée depuis 40 ans, élève le niveau de l’hormone insuline et programme les cellules graisseuses à fonctionner sur le mode stockage des calories. Je considère l’insuline comme un fertilisant à cellules graisseuses très performant. »

Les calories sont tellement bien stockées dans les cellules graisseuses que le corps ne peut y accéder pour les utiliser comme carburant. Cela signifie que nous avons faim continuellement, car le corps réclame à grand cri un carburant utilisable et manger moins aggrave le problème sans tenir compte de sa vraie cause.

S’affamer ralentit le métabolisme

« Lorsque les calories sont réduites, le corps répond en augmentant la faim et en ralentissant le métabolisme » selon le Dr Ludwig. « Nous voyons l’obésité comme un état d’excès, alors qu’il s’agit en fait d’un état de famine. Les cellules graisseuses stockent trop de calories, et le cerveau ne dispose pas de suffisamment d’entre elles pour assurer le fonctionnement du métabolisme. Le cerveau envoie donc un message de faim dans le but de résoudre le problème, et nous nous suralimentons, afin de nous sentir mieux à court terme. Mais si les cellules graisseuses continuent à stocker trop de calories, on se retrouve coincé dans un cycle incessant de suralimentation et de gain de poids. Le problème n’est pas l’excès de calories stockées dans les cellules graisseuses, mais le manque de calories circulant dans le système sanguin… réduire les calories ingérées ne peut fonctionner. C’est ce qui rend la perte de poids de plus en plus difficile lorsqu’on suit l’alimentation standard basses calories ».

Le facteur génétique

En second lieu, le problème est génétique. Les personnes minces et les personnes grosses ne sont pas si différentes, mais cela explique pourquoi la même alimentation peut induire des résultats complètement différents chez deux individus distincts. Nous avons tous un poids « d’équilibre » qui semble prédéterminé génétiquement. « Si nous héritons des gènes d’obésité de nos parents, la réponse biologique qui gère le poids amènera celui-ci à une fourchette plus élevée que celui d’une personne qui n’a pas hérité de ces gènes. Nous avons suivi de mauvais conseils pendant trop longtemps. Faire régime n’a pas besoin d’être aussi dur. La clé pour la perte de poids durable n’est pas de compter les calories, c’est de manger d’une façon qui réduit l’insuline, calme l’inflammation chronique et par voie de conséquence ramène le poids dans une fourchette plus basse. »

Il s’agit plus de se nourrir en tenant davantage compte de la nutrition que des chiffres. Les recommandations nutritionnelles sont finalement en train d’être révisées alors que la science de la nutrition évolue constamment. Cette année, le sucre est identifié comme l’ennemi numéro 1. Aux Etats-Unis, les nouvelles recommandations conseillent de baisser le niveau de sucre, et notamment du sucre ajouté à 10% des calories quotidiennes. Les recommandations australiennes, qui ont été révisées en 2013 laissent un peu plus de marge à l’interprétation. Elles conseillent de consommer du sucre ajouté « parfois et en petite quantité ». Les recommandations australiennes autant qu’américaines recommandent toujours des graisses alimentaires basses et réduites et se fient toujours aux céréales (complètes la plupart du temps) pour apporter des fibres et des glucides.

Haro sur le sucre

Les recommandations du Dr Ludwig diffèrent de ces recommandations. Son plan alimentaire revient à renoncer à tous les glucides industriels, au sucre ajouté et aux céréales au cours des deux premières semaines. Il conseille de choisir les légumes non féculents, les fruits et les haricots comme source de glucides pendant cette phase d’adaptation. Au bout de deux semaines, il réintroduit quelques céréales intégrales, des pommes de terre (mais pas blanches) et un peu de sucre de table. Il ne craint pas les lipides (alors que les réglementations officielles conseillent de limiter les graisses saturées à 10% de la ration quotidienne de calories.

De bons lipides

Il encourage d’ailleurs les lipides, quand ils proviennent de sources d’aliments complets, comme l’avocat, l’huile d’olive extra vierge et les graines de lin. « La façon la plus rapide de réduire l’insuline est de renoncer à tous les glucides industriels et de trouver le bon équilibre entre protéines et lipides dans votre alimentation. Une alimentation riche en lipides est vraiment la solution la plus rapide pour changer le métabolisme. Cela réduit la production d’insuline, calme les cellules graisseuses et permet d’échapper au cercle vicieux de faim, d’envies intempestives et de suralimentation.

Cela permet aussi d’échapper au calvaire du comptage des calories, qui n’est jamais qu’un jeu de chiffres. « Réduire les calories consommées n’apportera pas de modification physiologique. Pour obtenir des changements physiologiques, c’est le choix des aliments consommés qu’il faut revoir. »

Sarah Berry

http://www.smh.com.au/lifestyle/diet-and-fitness/fat-fertilisers-why-overeating-is-not-making-you-fat-20160112-gm3xuh.html

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